Le bien-être au travail selon… Patagonia

Dans cette série d’articles consacrés à des entreprises inspirantes, La Promenade vous emmène explorer les différentes déclinaisons du bien-être au travail. On commence avec Patagonia !

Imaginez une entreprise où vous pourriez aller surfer sur votre pause déjeuner. Une entreprise où le plaisir de venir travailler est une vraie philosophie, érigée comme un principe de management. Une entreprise qui met la préservation de l’environnement au cœur de toutes ses actions.

Une telle entreprise existe bel et bien : il s’agit de Patagonia, société d’équipement de sport outdoor californienne fondée en 1972. Pour beaucoup, elle fait office de modèle d’entreprise engagée. En effet, Patagonia a pour mission d’« utiliser le monde des affaires pour inspirer et mettre en place des solutions à la crise environnementale ». Rien que ça !

Dans cet article, La Promenade vous emmène explorer ce que signifie le bien-être au travail chez Patagonia. Cet article s’appuie sur le livre Confessions d’un entrepreneur pas comme les autres écrit par Yvon Chouinard, le fondateur de Patagonia, dont nous vous recommandons vivement la lecture !

Un travail passion

Les salariés de Patagonia sont heureux car ils travaillent dans un domaine qui leur plaît, et qui est valorisé par leur entreprise. Historiquement, Patagonia essaie de recruter au maximum des vrais clients de la marque, car ils comprennent mieux les attentes du terrain. C’est pourquoi les personnes recrutées au départ étaient d’abord des sportifs, plutôt que des carriéristes. C’est ce que Chouinard appelle les « dirtbags » : ce sont des gens qui préfèrent le sport au travail de bureau. L’entrepreneur explique :

« Nous préférons prendre le risque d’embaucher un grimpeur itinérant plutôt qu’un banal détenteur d’un MBA. Il est beaucoup plus difficile de trouver un cadre pur jus qui se mettra à l’escalade ou à la descente de rivière que d’apprendre un travail de bureau à un passionné de sport outdoor. »

Yvon Chouinard en pleine ascension

Chez Patagonia, le travail est avant tout un plaisir et les employés doivent s’amuser en travaillant. Le temps libre et les loisirs, en particulier le sport, occupent une place très importante. Chaque employé bénéficie d’horaires souples et gère son temps comme il l’entend : il peut aller surfer sur sa pause déjeuner ou aller skier s’il y a de la poudreuse. Les conditions climatiques idéales n’attendent pas ! De plus, les salariés bénéficient d’un vendredi sur deux de libre. Patagonia cultive donc le bien-être !

Une grande famille

L’ambiance de travail a toujours été familiale et détendue. En effet, Patagonia s’est d’abord construite sur un cercle de personnes proches d’Yvon Chouinard, famille comme amis. C’est pourquoi il n’y a pas de tenue imposée : les salariés peuvent venir travailler pieds nus s’ils le souhaitent.

La confiance est la base des relations au sein de l’entreprise.  Chouinard a mis en place le MBA, ou « Management By Absence ». Le leader instaure un cap et laisse ses équipes l’atteindre comme elles le souhaitent. Ainsi, il n’y a pas de présentéisme chez Patagonia, mais une place forte laissée à la délégation et à la responsabilisation des équipes. Chouinard explique que ce mode de management convient parfaitement aux salariés Patagonia, qui sont des personnes très indépendantes et qui tiennent à ce qu’on leur laisse de la liberté.

L’entreprise n’a plus de bureaux privés depuis le milieu des années 1980 afin de favoriser la communication entre les équipes : tout le monde, y compris le comité de direction, travaille en open-space. Les frontières vie professionnelle et vie personnelle sont brouillées avec la crèche d’entreprise Patagonia, où les parents peuvent aller voir leurs enfants à n’importe quelle heure de la journée. La confiance est donc l’une des clés du bien-être chez Patagonia.

Le siège de Patagonia à Ventura, Californie

Une entreprise engagée

La mission de Patagonia est d’agir via le monde des affaires sur la préservation des ressources et de l’environnement. Il s’agit du rare exemple d’une entreprise ayant réussi à concilier développement économique et protection de la planète. L’ambition de Patagonia est d’inspirer d’autres entreprises à trouver des solutions à la crise environnementale.

Cette mission a un impact direct sur le bien-être des salariés. Comme le dit Chouinard :

« Les gens, aujourd’hui, ont toujours besoin d’une éthique, d’un rôle à jouer dans la société. Une entreprise peut aider à combler ce manque si elle montre à ses employés et à ses clients qu’elle prend ses responsabilités et qu’elle peut les aider à prendre les leurs. »

En effet, le besoin de sens au travail est un enjeu majeur : selon une étude de Deloitte, 87 % des personnes interrogées accordent de l’importance au sens au travail. La notion de sens que l’on accorde à son travail varie d’un individu à l’autre, mais le sentiment de travailler pour le bien est une forte source de motivation pour le salarié.

Une des forces de Patagonia est d’agir concrètement en faveur de l’environnement. Les actions mises en place sont très nombreuses. La mesure la plus emblématique est l’impôt vert créé par Yvon Chouinard : Patagonia s’est engagé dans les années 1990 à reverser 1 % de son chiffre d’affaires ou 10 % de son bénéfice (le plus élevé des deux) à des associations œuvrant pour la défense de l’environnement ou à des communautés locales.

La campagne « Don’t buy this jacket » lancée pendant le Black Friday en 2011

L’entreprise a créé un véritable militantisme de terrain, en menant des campagnes environnementales nationales et locales. Les salariés voient donc les actions concrètes mises en place par leur entreprise et sont eux-mêmes invités à agir pour le bien commun : chaque année, de nombreux salariés Patagonia partent réaliser des projets environnementaux. Ils bénéficient d’un congé sabbatique financé par l’entreprise pour rejoindre des ONG. Cela participe au bien-être des salariés Patagonia.

Une démarche sincère

Ce qui est frappant dans l’exemple de Patagonia, c’est que la majorité des actions mises en place nous paraissent aujourd’hui très banales : faire confiance à ses salariés, les investir d’une mission qui les dépasse, avoir des locaux confortables, chercher l’équilibre vie privée et vie professionnelle… Non pas que toutes les entreprises fonctionnent de cette façon, mais on sait que ces éléments favorisent le bien-être des collaborateurs. De nombreuses sociétés cherchent à tendre vers ce modèle, dans une logique d’amélioration de la productivité, de rétention des talents, etc.

Cependant, Patagonia est à l’origine une marque anticonformiste, presque rebelle. Yvon Chouinard s’est longtemps affranchi des règles, que ce soit en sport, en repoussant toujours les limites, ou dans le monde des affaires. Il a créé une entreprise qui ne ressemble à aucune autre. Depuis le départ, il se définit depuis comme l’anti-businessman. Il écrit :

« Je suis homme d’affaires depuis près de soixante ans. J’ai du mal à écrire ces mots, comme si je devais admettre que je suis alcoolique ou avocat. Je n’ai jamais respecté cette profession. »

Ce qui est marquant à la lecture de ce livre, c’est la sincérité de la démarche. Beaucoup d’actions n’ont pas vraiment été réfléchies. A l’époque de Chouinard Equipment, Chouinard et ses associés n’ont pas fait d’étude de marché pour savoir si les coinceurs allaient mieux marcher que les pitons. Ils ont constaté empiriquement que les pitons détruisaient la roche. Ils ne pouvaient pas continuer ainsi, donc ils ont changé de produit alors qu’ils étaient leaders sur le marché. 

Et c’est la même chose pour la culture d’entreprise et le management : l’ambiance est détendue car, au départ, on recrutait surtout des amis et des membres de la famille. Les salariés ont de la liberté car, au départ, c’étaient des sportifs qui ne voulaient pas sacrifier leur passion. Le bien-être au travail chez Patagonia est donc le résultat d’une histoire forte et unique.

Finalement, la sincérité est peut-être la clé du bien-être en entreprise. Une entreprise qui s’engage dans une démarche cohérente, en accord avec ce qu’elle est dans son histoire et avec les gens qui la composent rendra ses salariés plus heureux qu’une entreprise qui essaie de plaquer un modèle tout fait.

Patagonia a été pionnière dans le bien-être au travail. Cependant, une telle vision ne peut se décréter et être transposée telle quelle. Plutôt qu’un idéal, le livre d’Yvon Chouinard est une lecture inspirante qui invite à questionner ses valeurs et son histoire, afin de trouver son propre modèle. 

A la lecture du livre, on peut se poser la question de la performance : est-ce que la philosophie de Patagonia attire les meilleurs ? Patagonia n’a pas de grandes ambitions d’un point de vue business : au contraire, ils veulent maintenir une croissance naturelle sans exploser. Ainsi, les conditions de travail telles que décrites par Chouinard ne seraient pas forcément les bonnes pour des entreprises cherchant à surperformer. Nous verrons dans un prochain article quelle est la vision de Netflix à ce sujet !

Sources :

https://www2.deloitte.com/fr/fr/pages/talents-et-ressources-humaines/articles/etude-sens-au-travail.html